Les mots

Quand les pensées s’égarent, les mots manquent parfois, sensations de sable mouillé fuyant sous les pieds nus, modelés ondulants encore empreints du retrait récent de l’eau salée. La nuit a dû être mouvementée sous les profondeurs de l’océan. Et puis il y a ce calme au petit matin, douce fraîcheur et nage silencieuse à peine troublée par le cri des mouettes…

 

Dans la lande du Cap où les bruyères de pourpre et les violines mêlées vont plonger du haut des falaises dans les profondeurs de l’émeraude, j’aime marcher. Je respire le parfum des ajoncs, bercée par les vents du large et enivrée par les vents. J’ai le vertige des ondes chromatiques devant la toile blanche. Je ne saurai peut-être pas retrouver les valeurs de cette nature si belle, si fière et si rude. De touche en touche, j’amorce ma palette. Encore une pointe de rouge cadmium, à peine, un soupçon de bleu de Prusse… j’y suis…L’odeur de pain d’épice de la lande couvre celle de l’huile de lin. Les embruns salés au fort goût iodé suivent les vents de Nord-Ouest en direction des grèves roses.

 

Graver un nom, le nom d’une plage ou ses contours «Les Grèves d’en bas» où j’aime converser avec les cormorans…Graver le sentier qui mène à la plage de sable fin brassé par les courants du Cap. Ainsi je garderai l’empreinte de mes pieds nus, l’empreinte du vent, l’empreinte du temps qui ne détruit pas mais nous entraîne plus loin…Graver dans le sable l’écume qui borde l’eau, empreinte éphémère, ou alors sur la pierre…Une gravure à l’aquatinte pour rendre avec justesse la finesse de ses traits, de ses rochers, de ses falaises. Semblable à nulle autre pareille, graver son nom dans l’éternité sur une plaque de zinc.